IRN Eurasign : Comparative Approach on European Sign Languages

L’objectif de cet IRN est, en rassemblant des chercheurs de 9 établissements européens (Allemagne, Belgique flamande, Belgique francophone, Espagne, France, Italie, Pays-Bas), tous spécialistes de linguistique de la langue des signes (LS) pratiquée dans leur pays, de mettre en place les conditions méthodologiques et théoriques d’une comparaison des LS européennes et, sur ces bases, d’affiner notre compréhension des caractéristiques typologiques de ces langues, entre elles et au regard des langues vocales (LV).

Notre comparaison entre les LS européennes concernées par EURASIGN sera conduite successivement selon deux axes thématiques 

(i) Les deux grands types d’unités constitutives du discours en LS, leur structure interne et leurs interrelations, plus particulièrement sous l’angle des paramètres non manuels qu’elles mobilisent respectivement (avec focus sur le paramètre du regard) ;

(ii) les types d’espace et d’utilisation de l’espace dans le discours en LS, point qui sera plus spécifiquement abordé à travers la problématique des types de verbes identifiés dans les LS et, à la clé, la double problématique de l’accord verbal et du marquage de la personne et des actants.

Ces deux axes sont retenus parce qu’ils constituent les aspects centraux sur lesquels portent les principales discussions et les principaux clivages actuels en linguistique des LS et sont à l’origine des divergences les plus marquées en termes de catégories descriptives, de découpage du discours et de terminologie. Chacune des équipes impliquées a, de fait, développé une expertise fine et des hypothèses particulières sur ces deux points, pour la LS particulière sur laquelle elle travaille. Le traitement comparatif de ces deux grands aspects croisera à chaque fois la perspective synchronique portant sur des données recueillies auprès de locuteurs sourds adultes et une perspective développementale et acquisitionnelle (données de LS enfantine).  

Axe 1. Types d’unités en LS et interrelations en langue et en discours

Cet axe doit logiquement constituer le socle du travail collectif à mener dans la mesure où il porte très directement sur les modalités mêmes d’analyse et de segmentation du discours en LS et, précisément, sur les deux grandes catégories d’unités identifiées à ce jour comme constitutives du discours dans toutes les LS étudiées[1]. S’il y a en effet consensus sur l’existence de ces deux grands types d’unités, elles sont appréhendées selon des concepts descriptifs divers et qui correspondent, au moins en partie, à des modalités de découpage différentes du discours. 

Il s’agit :

1/ d’une part, des unités/constructions non conventionnalisées caractérisées par leur haute iconicitéet ayant fait l’objet d’analyses et d’options théoriques très diversifiées : 

(i) les unités dites « constructions à classificateurs » (« classifiers constructions ») et/ou « signes productifs » et/ou « depicting signs » ou « depicting verbs », et/ou plus globalement caractérisées comme « partly lexicalized signs » ;  et, par ailleurs, 

(ii) les constructions qualifiées de « prises de rôle » (role shifts) et/ou « constructed actions » et/ou « surrogates ». 

Il est à noter que ces deux ensembles de constructions, distingués dans la littérature, sont appréhendés de manière unifiée dans le Modèle sémiologique, au travers du concept de structures (et unités) de « transfert » (transferts personnels, transferts situationnels, transferts de taille et de forme)  ;

2/ d’autre part, des unités de type lexical, spécifiées comme telles par leur généricité et par le caractère conventionnel de leur sens global et diversement décrites comme « established/regular signs », « frozen signs », fully-lexicalized signs » ou encore « unités lexématiques ». Concernant ce type d’unités, une problématique particulière est celle de la nature et du statut de leurs composants (de type phonologique pour une large part de la littérature, de nature morphémique pour le Modèle sémiologique notamment).

Outre leur définition formelle respective (paramètres manuels et non manuels impliqués et avec quelles fonctions), le statut octroyé à chacun de ces deux grands types d’unités (linguistique, partiellement linguistique, non linguistique), la description de leurs fonctions, l’analyse de leurs interrelations (en diachronie, en synchronie) et la place qui leur est octroyée dans la langue (centrale/périphérique) diffèrent selon les approches.

Un premier objectif est donc l’explicitation fine des divers concepts descriptifs et des modalités d’analyse et d’annotation adoptés (paramètres manuels et non manuels pris en considération dans la définition des deux types d’unités) dans les diverses équipes. Il s’agit ainsi, sur la base de comparaisons de séquences discursives annotées pour les LS concernées, d’aboutir sinon à un accord théorique et descriptif du moins à une clarification des modalités d’analyse de chacun et à un cadre commun suffisamment explicite pour permettre les comparaisons ultérieures

Il s’agira ensuite, sur ces bases, de procéder à une comparaison a minimaqualitative des LS concernées au regard de ces deux grands types d’unités mais aussi des modalités de leurs combinaisons et imbrications en discours. Unités lexicales et unités non conventionnelles alternent ou se combinent en effet entre elles dans le discours en LS, pour atteindre divers degrés de complexité structurale. En nous fondant sur des données discursives comparables (par le type, monologique/dialogique, et par le genre discursif), extraites de nos corpus respectifs, nous comparerons les dynamiques discursives de va-et-vient entre les deux types d’unités, leurs schèmes récurrents de combinaisons et leurs fonctions en discours. 

Dans le cadre de l'IRN, au regard des premières études comparatives menées entre LS européennes et en cohérence avec l’axe 2 décrit ci-dessous, une priorité sera donnée (la première année) à la comparaison de séquences relevant du genre narratif, tout en conservant la variable comparative discours monologique/discours dialogique. Nous proposons en outre de focaliser les comparaisons sur l’analyse approfondie des paramètres non manuels et, plus particulièrement, des comportements du regard. Assez longtemps exclu des analyses, ce paramètre du regard et la description des diverses fonctions grammaticales qu’il remplit en LS retiennent davantage l’attention depuis quelques années, notamment en ce qui concerne son rôle déterminant dans la distinction des deux grands types d’unités. L’une des spécificités du Modèle sémiologique (SFL-Paris 8) est de le considérer, pratiquement depuis l’origine, comme le marqueur formel clé des deux grands types de structures coexistant en LSF et, partant, comme le critère distinctif essentiel des unités lexématiques et des unités de transfert. Meurant (2008) a elle aussi mis ce paramètre du regard au centre de son analyse pionnière de la LSFB. 

Au niveau développemental, le regard est aussi un marqueur formel important, mais qui ne semble pas maîtrisé avant l’âge de 7-8 ans, ceci attestant la complexité des fonctions linguistiques qu’il remplit. Avant cet âge, les enfants, lorsqu’ils sont en train de signer, regardent préférentiellement leur interlocuteur même s’ils sont en ‘prise de rôle’, alors qu’un locuteur adulte placé dans la même situation regardera systématiquement dans une autre portion d’espace. Nos corpus montrent que malgré une bonne compétence manuelle en LSF chez certains enfants, le paramètre du regard n’est souvent pas encore maîtrisé (Sallandre et al. 2010, Sallandre & L’Huillier 2011). Des recherches didactiques ont été menées (SFL-Paris 8) sur les moyens d’amener les enseignants en contact direct avec de jeunes enfants sourds, scolarisés en école maternelle (3-6 ans), à « éduquer leur regard », de manière à entrer pleinement dans la communication d’une part, dans la finesse des ressources de leur langue d’autre part (L’Huillier 2009, L’Huillier & Sallandre 2015, Sallandre & L’Huillier 2017). Il sera particulièrement éclairant de comparer ces résultats sur l’acquisition des fonctions du regard avec les observations faites dans l’acquisition d’autres LS (LIS et DGS notamment). 

Axe 2 : Types d’espaces et d’utilisations de l’espace en LS 

Les LS font un usage massif de l’espace situé devant le locuteur (espace dit de « signation ») pour l’expression des relations syntaxiques et la construction des références (actancielles, spatiales et temporelles). Un principe général de cette utilisation de l’espace consiste en l’association d’une entité du discours (véhiculée par une ou plusieurs unités lexicales) à un point de l’espace de signation selon différents procédés, largement répertoriés dans diverses LS, où ils peuvent se combiner : direction du regard vers le point de l’espace choisi, pointage manuel, placement direct et/ou déplacement de l’unité gestuelle, inclinaison du buste, notamment.

Ce constat, et la remarque générale que cette utilisation pertinente de l’espace est l’une des grandes spécificités des LS par rapport aux LV, font l’objet d’un consensus en linguistique des LS. En revanche, la nature et le statut du ou des types d’espace utilisés dans la construction du discours en LS constituent un autre des points majeurs de clivage et de débats dans la littérature : 

(i)            espace « syntaxique/sémantique » posé comme arbitraire et abstrait et considéré comme central dans l’expression des relations syntaxiques, l’expression de la personne, etc. versusespace « topographique » / « contrastif » / « hiérarchique », ce second type d’espace étant pour l’essentiel considéré comme circonscrit à l’expression des relations spatiales relatives entre entités référentielles  (e.g.Barberà 2014, 2015, 2016) ; 

(ii)          espace imagique (propre aux structures de transfert) vs diagrammatique (hors transfert), tous deux de nature iconique (fondés sémantiquement) et, de fait, souvent imbriqués en discours (Modèle sémiologique),  

(iii)        espace « linguistique » (grammatical parce que discret) versus« non linguistique, gradient » et de même nature que celui qu’exploite la gestualité co-verbale entendante (Liddell 1998, 2003).

Ces divergences dans l’interprétation des types d’espace utilisés et quant à leur statut (linguistique/non linguistique ; iconique ou non, et selon quel type d’iconicité) se cristallisent dans des questions qui sont centrales pour la description linguistique de toute langue et dans une perspective typologique :celle du marquage formel ou non de la personne grammaticale et, plus largement, des arguments du verbe, celle de l’existence ou non d’entités de type pronominal ou encore de phénomènes du type « accord » en LS. En lien avec ce dernier point, une interrogation a fortement focalisé l’attention ces toutes dernières années, explicitement dans une perspective typologique (intra- et inter-modale) : peut-on ou non parler d’ « accord verbal » en LS (e.g. Meier et Lillo-Martin 2010, Quer 2011, Liddell 2011, Schlenker 2011, Wilbur 2013, Schembri & Cormier under review, Garcia et al. 2016, Garcia et al. à paraître en 2017) ? Le débat porte sur une catégorie particulière de verbes identifiée dans de nombreuses LS, les verbes dits « directionnels » ou « agreement verbs », caractérisés par le fait que l’expression de la personne et des arguments du verbe s’y réalise par une modification des paramètres du mouvement et surtout de l’orientation de cette forme verbale. La question débattue est de savoir si une analyse formelledu marquage de la personne et/ou des arguments du verbe (analysable comme « accord du verbe avec ses arguments ») est tenable dans la mesure où l’emplacement spatial du « référent » argumental (personne ou entité physiquement présente dans la situation d’interlocution ou entité construite dans le discours) est infiniment variable et dépendante du contexte (intra- ou extra-discursif). 

Au-delà des seuls verbes directionnels, ce débat interroge la pertinence de la typologie des verbes initialement proposée par Padden pour l’ASL (e.g.Padden 1988) puis très largement adoptée dans la description d’autres LS. Cette classification distingue « verbes pleins » (non modifiés spatialement), « verbes spatiaux » (dont la modification spatiale spécifie un locatif) et « verbes directionnels » (dont la modification serait tributaire des arguments). L’analyse diffère notamment selon que l’on retient une définition purement syntaxique (e.g.Lillo-Martin & Meier 2010, Quer 2011) ou sémantique (e.g.Garcia et al. 2016, 2017) du verbe. L’analyse des types possibles de modification formelle des unités verbales en discours et de leurs fonctions est particulièrement éclairante pour la compréhension des types d’espace mobilisés, notamment dans les très nombreux cas de constructions imbriquant dans la simultanéité ces unités lexicales (verbes) et des unités non conventionnelles hautement iconiques (enchâssement en cas de discours rapporté ; structures analysées comme « semi-transfert » dans le cadre du Modèle sémiologique). Certains des chercheurs impliqués dans ce GDRI ont par ailleurs récemment focalisé leurs analyses du rôle de l’espace/des types d’espace et du comportement à cet égard des « verbes directionnels » sur l’étude d’un cas particulier, celui correspondant sémantiquement à l’expression d’un agent humain impersonnel (pour la LSC, Barberà 2012, Barberà et Cabredo-Hofherr 2016 ; pour la LSF, L’Huillier et al. 2016).

En faisant fond sur ces premières études et sur les travaux en cours, nous conduirons, sur la base de séquences de discours extraites de nos corpus respectifs et comparables par le genre (narratif, en cohérence avec l’Axe 1) et le type (monologique/dialogique), une comparaison qualitative des formes verbales utilisées, des types de modifications qu’elles subissent en discours et des analyses formelles et sémantiques qu’il est possible d’en donner, notamment en termes de types d’espace utilisés.Une attention particulière sera portée aux constructions complexes évoquées ci-dessus. 

Outre bien sûr le dégagement d’éventuelles spécificités et/ou similarités des diverses LS étudiées, nous espérons à terme être en mesure de statuer sur l’adéquation de la tripartition des verbes banalisée dans la littérature, sur la pertinence et l’intérêt de la notion d’accord verbal pour ces langues et, au-delà, sur les types d’espaces en jeu.  

Au niveau développemental, deux aspects liés à l’expression de l’espace, actuellement à l’étude chez plusieurs des membres impliqués dans le GDRI, viendront éclairer ce travail de comparaison.Il s’agit en premier lieu des travaux visant à savoir comment les enfants sourds âgés de 5 à 12 ans maîtrisent l’expression de l’espace, notamment en fonction des types de verbes (par exemple des déplacements comme « monter/descendre/traverser ») en fonction de la typologie proposée par Talmy (2000) puis reprise par Sümer (2015), et développée dans la thèse en cours de Schoder (membre du GDRI, SFL-Paris 8). Cette thèse croise pour la première fois l’approche talmyienne des types de verbes selon les groupes de langues (notamment langues à cadrage verbal, comme le français versuslangues à satellites, comme l’anglais) et l’approche des LS selon les types d’iconicité telle qu’elle est proposée par le Modèle sémiologique. Par ailleurs, différents membres de SFL-Paris 8 et de l’université de Berlin étudient la maîtrise, par l’enfant sourd, de l’expression des perspectives : celle du personnage en rôle qui adopte un point de vue interne, ou celle du narrateur qui a un point de vue externe, ou encore une expression mixte et simultanée des deux perspectives (Förster 2015 ; Sallandre et al. 2010 ; Sallandre & L’Huillier 2015), en lien avec les travaux sur les théories de l’esprit développés spécifiquement pour les LS (Courtin 1998 ; Becker et al. 2015). 

Notre hypothèse est que les observations issues de ces recherches en acquisition doivent contribuer à une meilleure compréhension de la nature des espaces exploités en LS adulte et permettre d’évaluer la pertinence de notre classification des types de verbes. Cet apport doit être d’autant plus fécond que les deux LS sur lesquelles portent actuellement ces travaux, la LSF et la DGS, ne sont pas génétiquement apparentées.

La 1èreet la 2èmeannée du GDRIseront respectivement consacrées à chacun des deux axes décrits ci-dessus.Les premiers résultats feront déjà l’objet de publications, soit collectives, soit au sein des diverses équipes. Ces résultats seront par ailleurs exposés et discutés lors d’un workshop en fin de 2èmeannée que nous ouvrirons au-delà des équipes partenaires.

Nous fixons deux objectifs à nos travaux comparatifs lors de la 3èmeannée :

  1. nous élargirons les analyses précédentes à de plus larges extraits de nos corpus respectifs dans une perspective cette fois-ci quantitative 
  2. nous approfondirons et préciserons ces résultats en diversifiant les genres discursifs au-delà du seul narratif et, particulièrement, par l’exploration des genres informatif et argumentatif.Ces deux genres discursifs sont en effet très représentés dans les corpus dialogiques constitués dans les différentes équipes (entretiens entre adultes sourds), où ils alternent avec des passages narratifs. L’enjeu ici sera principalement d’affiner l’évaluation qualitative et quantitative au-delà du seul genre narratif, sur lequel la littérature s’est le plus souvent focalisée jusqu’ici, et d’ouvrir par là même à une étude ultérieure qui serait centrée sur le dialogique (domaine encore presque vierge des descriptions linguistiques des LS, langues pourtant foncièrement du face-à-face).

Cette 3èmeannée sera ainsi celle au terme de laquelle nous serons en mesure de proposer, notamment sous forme de publications, les premières synthèses de l’ensemble des résultats obtenus, tant en termes de similarités que de différences observées entre les langues étudiées, et de poser les jalons des suites à donner. 

Compte tenu des enjeux très directement sociaux, sociolinguistiques et socio-éducatifs des travaux linguistiques conduits sur ces langues minoritaires et encore souvent minorées que sont les LS et de la philosophie commune qui anime les équipes impliquées dans ce GDRI (lien très étroit avec la communauté linguistique),nous souhaitons centrer la 4èmeannée du regroupement sur des préoccupations plus directement applicatives.

Ainsi que nous l’avons souligné, toutes les équipes concernées sont, parallèlement à leurs recherches fondamentales, à l’origine de la conception de cursus universitaires en lien avec les sourds et les LS et/ou en assurent la responsabilité, souvent depuis leur ouverture. Quatre types de formations sont particulièrement représentées dans les diverses universités partenaires :

  1. Les cursus d’enseignement de la LS nationale, destinés soit à un public d’apprenants sourds (L1 ou L2), soit à un public d’adultes entendants.
  2. Les formations à l’enseignement de cette langue, langue 1 ou langue 2.
  3. L’enseignement de l’écrit de la LV à un public d’apprenants sourds ayant la LS nationale comme langue première et principale[2]
  4. Les formations d’interprètes LS nationale/LV nationale. 

Les résultats descriptifs comparatifs des trois premières années du regroupement auront évidemment des incidences immédiates sur les programmes d’enseignement de chacune des LS impliquées, ceci contribuant par ailleurs à avancer dans le sens d’une nécessaire harmonisation de ces programmes au niveau européen (dans l’esprit même du CECRL).    

Nous proposons toutefois de centrer la réflexion applicative de cette 4èmeannée sur  les cursus préparant au métier d’interprète-traducteur LS/LV. Au-delà de la nécessité de choisir pour des raisons de faisabilité, nous opérons ce choix de nous focaliser sur les formations d’interprètes LS/LV pour diverses raisons :

—Plusieurs des universités impliquées hébergent l’unique ou la plus productive des formations niveau Master d’interprètes professionnels LV/LS du pays concerné. L’université de Humboldt (Berlin), qui inclut un Département « Sign Language Interpreting and Deaf Studies », propose ainsi le premier et unique Master de ce type en Allemagne ; il en va de même de l’université Pompeu Fabra de Barcelone pour la LSC, de l’université de Louvain pour la VGT et de l’université de Namur pour la LSFB. Si la France offre désormais 5 Masters de ce type au niveau national, la formation dispensée à l’université Paris 8 est la plus ancienne et a formé deux-tiers des interprètes LSF-français actuellement en exercice sur le territoire (v. Encrevé 2014).

—L’équipe française porteuse de l'IRN inclut deux enseignantes-chercheures qui sont aussi interprètes professionnelles LSF-français, formatrices-interprètes au sein du Master proposé par Paris 8 et menant une partie de leurs recherches sur les spécificités de la traductologie inter-modale (Burgat et Encrevé 2015, Burgat 2015 ; Garcia, Encrevé & Burgat, en révision).

—Cette question des apports de la linguistique des LS à la traductologie inter-modale (LS/LV) est de fait au cœur des questionnements actuels dans ce champ en voie de constitution, en lien avec la question du degré d’écart typologique entre LS et LV. A cet égard, le dégagement de similarités et différences structurelles entre les 7 LS étudiées dans EURASIGN aura des retombées directes sur cette réflexion.

Dès lors, nous fixons deux objectifs à la dernière année :

  1. Dans une perspective de mutualisation, à terme, des contenus de nos formations de Master d’Interprétation-traduction LV/LS, nous comparerons nos pratiques didactiques en matière de formation aux techniques de traduction-interprétation avec un focus particulier sur l’articulation à cet enseignement des apports a) de la description linguistique des LS et b) des résultats de l’entreprise comparative (proximités et écarts entre LS et entre LS et LV).
  2. Ce GDRI en est une illustration : les échanges internationaux en linguistique des LS et sur les questions de didactique de/en LS, parce qu’ils impliquent de plus en plus de chercheurs et collaborateurs sourds locuteurs de LS différentes, posent de manière récurrente la question d’une éventuelle « LS internationale » (v. Hansen 2015, membre de ce GDRI) et d’une formation des interprètes en ce sens, en plus de leurs compétences à travailler entre la LS et la LV nationales et, dans de rares cas, entre la LS nationale et, notamment, l’anglais[3]. Sans prétendre apporter de réponses définitives, nous nous proposons d’établir dans quelle mesure les résultats des comparaisons conduites sur la durée du réseau permettent d’étayer l’hypothèse d’un tronc commun structurel plus important entre LS qu’entre LV et d’enrichir en ce sens les formations d’interprètes LS/LV.

Cette dernière année sera, en parallèle, consacrée à la préparation d’un colloque international centré sur les problématiques de typologie des LSDestiné à la diffusion des résultats du GDRI et à l’ouverture à une perspective internationale plus large, ce colloque sera organisé à Paris, piloté par l’équipe porteuse. Une journée au moins sera plus particulièrement consacrée aux retombées didactiques de nos travaux, à destination notamment des enseignants de/en LS et des formateurs-interprètes LS/LV. 

[1]Le discours en LS comporte au demeurant deux autres types d’unités, identifiées là aussi dans toutes les LS institutionnelles étudiées : les unités dites de pointage, pointages manuels souvent proches formellement des pointages déictiques de la gestualité co-verbale entendante (v. infraAxe 2) ; les unités « dactylologiques », représentations visuelles des lettres de l’alphabet latin, qui diffèrent selon les LS et sont le plus souvent utilisées pour épeler tel ou tel nom de la LV n’ayant pas d’équivalent lexical dans la LS (noms propres essentiellement).

[2]Plusieurs des membres d'EURASIGN sont spécialistes de cette question de l’accès des sourds à l’écrit de la LV nationale et des problématiques didactiques spécifiques qui y sont liées. Pour la France, c’est particulièrement le cas de S. Burgat (e.g.Burgat 2007) et de M. Perini (Perini 2013). C. Plaza-Pust (Francfort) est spécialiste des questions de construction du bilinguisme chez l’enfant sourd pour l’Allemagne et pour l’Espagne.  

[3]Les interprètes ayant cette dernière compétence l’acquièrent actuellement sur le terrain après obtention de leur diplôme, aucune formation spécialisée n’existant à ce jour. Ils sont de fait extrêmement rares (10 tout au plus pour la France).